VALERIO ADAMI

Enchanteur, enchanté

du 10 mars au 16 juin 2018

Il fut un peintre prodige, remarqué, dès seize ans, à Venise, par Oskar Kokoschka. Puis il fut adoubé par Aimé Maeght, comme l’avaient été avant lui Chagall, Léger, Calder et Miró. Parce que Valerio Adami, né en 1935, est bien de cette race : un artiste immense, admiré et collectionné sur tous les continents. Depuis plus d’un demi-siècle, écrivains et philosophes ne cessent de saluer son œuvre. Le grand peintre italien, souvent associé à la Figuration narrative, expose durant trois mois à Saint-Malo. Avec une vingtaine d’œuvres récentes ou nouvelles.

Valerio Adami

Le peintre préféré

Il faut le regarder tel qu’il est dans la belle maison parisienne que Salvador Dalí habita avant lui : un homme à l’élégance invincible, dont les yeux clairs racontent une existence sans pareille, qu’aucun biographe n’a pu résumer. « Sa vie, son œuvre, son œuvre-vie se lit ou se lisent comme un roman de chevalerie », ­prévenait jadis l’universitaire Philippe Bonnefis. Manière de ­rappeler, évidemment, que Valerio Adami a vu le jour à Bologne, en 1935, au sein d’une vieille famille aristocratique des Marches. Manière d’affirmer en outre que ce créateur prodigieusement doué fut très tôt marqué du signe des élus… N’avait-il pas juste seize ans lorsque l’immense Kokoschka, peintre et dramaturge, l’engagea à dépasser les fières magies du dessin ? Et vingt ans, tout au plus, quand il se frotta à Wifredo Lam, Roberto Matta, Graham Sutherland, Francis Bacon, Richard Hamilton ? Vinrent ensuite d’innombrables complicités, non seulement avec De Chirico, Chagall et Miró, mais aussi Calvino, Tabucchi, Derrida, Onfray, Quignard ou encore l’écrivain Carlos Fuentes, parmi les premiers à célébrer son travail. Car on ose à peine le souligner : Valerio Adami, salué dès 1963 par la Documenta III de Cassel, puis en 1968 par la Biennale de Venise, et en 1970 par une rétrospective au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, demeure l’un des principaux artistes de notre temps. Un maître, oui, dont Alain Jouffroy confirmait qu’il a « vécu et pensé la création picturale comme un moyen mental de transformation du monde ». On connaît son secret : un trait inimitable et précis, triomphalement brandi au ­siècle de l’abstrait !
Un geste d’une force et d’une modernité indescriptibles, né d’une longue pratique de l’école classique, puis nourri, pour ne pas dire réinventé, par l’expérience de ses propres sentiments, de ses rencontres, de ses voyages, de son impressionnante culture. « C’est un dessinateur exceptionnel et le plus grand peintre italien vivant », témoignait dans Le Journal des Arts, en 2015, une autre figure de légende, l’Islandais Erró. On se gardera bien de le désavouer tant il s’avère que cette œuvre, accordant des couleurs posées en aplat comme des chairs vibrantes sous une résille noire, transgresse la simple dimension narrative pour jeter chacun devant ses rêves, ses contradictions, ses mystères. « Les tableaux d’Adami nous intriguent et nous font penser. Il s’agit d’une peinture qui interroge, chose insolite de nos jours », s’est réjoui Octavio Paz, Prix Nobel de littérature. Sans doute le même Paz aurait-il aimé s’attarder face au visage de Chateaubriand, dernièrement signé par le peintre — et il nous revient soudain que Valerio Adami a confié, dans un livre de souvenirs : « On ne dessine pas un portrait à partir de ce qu’on voit, mais à partir de ce qui se trouve au fond de notre cœur. » C’était une invitation, pour l’auteur de ces lignes, à écrire en conscience, après avoir beaucoup appris dans les ateliers et les musées, ce qu’on n’écrit jamais qu’une fois : de tous les peintres que nous avons eu l’extrême bonheur de présenter, ­d’éditer, ­d’exposer, Valerio Adami est mon peintre préféré.
Christophe Penot