Claude VIALLAT

Né en 1936 à Nîmes, Claude Viallat a, depuis 1966, adopté un procédé de peinture à base d'empreintes posées sur toiles libres, sans châssis. La couleur est ainsi l'objet et le sujet central de l'œuvre de Claude Viallat. Ancien portraitiste et excellent dessinateur, il devient, en 1969, l'un des membres fondateurs du mouvement Supports/Surfaces.

Claude Viallat, l'empreinte

Selon leur regard, les amateurs y voient le corps d'un osselet, ou un haricot, ou la trace d'une éponge, la forme et la force d'une empreinte. En tout cas, un motif récurrent, indéfiniment répété un demi-siècle durant, face auquel les historiens de l'art on officiellement tranché : Supports/Surfaces.
Autrement dit, le nom d'un mouvement créé dans la France d'après 1968 sous l'impulsion de Claude Viallat, peintre né à Nîmes en 1936. Un peintre, oui, mais également un jeune professeur qui engageait ses élèves de l'École des arts décoratifs de Nice à bouleverser les codes, les rites, les réputations, les horizons.
Aussi cet ancien portraitiste, excellent dessinateur, refusait-il dorénavant la figuration et le travail sur chevalet, préférant marquer de mille sortes, en un inépuisable geste, des matières étalées sur le sol, principalement des bâches, des draps, de vieux rideaux, de simples sacs, des planches usées, et jusqu'à des filets de pêche récupérés dans les ports !
Révolutionnaire ? Sans doute... Mais, à cette époque effervescente, pas plus que l'action painting d'un Jackson Pollock, et pas moins que les tribulations du pop art. Seule comptait, pour ce passionné de tauromachie, l'idée d'être libre...
Sous le pavé, Viallat ? Une formule sibylline, qui n'aurait été qu'un slogan si Supports/Surfaces n'avait tant fasciné, et si Claude Viallat ne s'était imposé comme son chef de file naturel aux yeux de la critique.
Un chef de file toutefois insaisissable, car indépendant et rétif aux théories. Faut-il l'assimiler à l'abstraction française, dans l'esprit d'un Soulages qui aimerait la couleur ? Ou l'unir au large courant du minimalisme, ainsi que le propose Jean-Luc Chalumeau dans son Histoire critique de l'art contemporain ?
Une chose est sûre : d'une empreinte à l'autre — toujours pareille, jamais la même—, Claude Viallat compose, suivant l'analyse de Jacques Busse, « une œuvre décorative, dans la filiaition de Matisse qu'il revendique ». Du reste, les spécialistes ne s'y sont pas trompés, l'invitant dès 1971 à exposer à la Biennale de Paris et, en 1972, au musée Guggenheim de New York.
Depuis, accrochages, livres, catalogues et rétrospectives, dans toutes les parties du monde, continuent d'imprimer son empreinte, à chaque fois plus profonde. Sous le pavé, Viallat !


Christophe Penot

Œuvres de Claude Viallat