André TONDU

André Tondu a été l’un des meilleurs peintres de son temps, du reste consacré par le Prix de Rome en 1931. On connaît ses nus, aux chairs toujours vibrantes. Mais il fut aussi le peintre des scènes d’intérieur et du bonheur de vivre. Plusieurs de ses tableaux sont conservés au musée d’Art moderne de Paris, ainsi qu’au musée de Dijon, d’Alger, dans la collection Chester Dale aux États-Unis et dans la collection Tallis en Australie.

André Tondu (1903-1980), Prix de Rome en 1931

Certains se souviennent de quelle manière José Cabanis ouvrit Le Bonheur du temps, merveilleux livre paru jadis aux éditions Gallimard : « Je serais un autre, si je n’avais pas tant aimé la Comtesse de Ségur. » Phrase douce, laissant imaginer le brave homme qu’il était, sans négliger le formidable observateur, du reste auteur d’un essai éblouissant sur Goya. Que dirait aujourd’hui José Cabanis devant les tableaux d’André Tondu ? Libre à chacun de répondre, mais il est permis de croire qu’il se sentirait immédiatement en sympathie. Oui, par un naturel tenant de la communion d’âme, il goûterait le bel azur des ciels, les verts des pelouses, des arbres et des horizons, les notes joyeuses qui semblent percer les feuillages, l’air souple, et chaud sans doute, qui circule de toile en toile. Car, bien sûr, le peintre André Tondu était un peu magicien… Des saisons durant, et dès les sombres moments de la guerre, ce créateur né dans le Jura en 1903, puis consacré en 1931 par le prestigieux Prix de Rome, s’est évertué à peindre ce qu’il faut appeler « la vie heureuse ». En d’autres termes, la vie telle que la racontait la Comtesse de Ségur et telle que lui-même la rêvait pour les enfants groupés autour d’Odette, sa femme, de longue date son modèle préféré. D’où ces instantanés subtilement saisis de jeunes filles courant sous le soleil et riant à perdre haleine, ou encore de scènes familiales, dans la cuisine, dans le salon, dans la salle à manger, quelquefois dans l’atelier : partout on le devine qui contemple, un sourire bienveillant sur les lèvres…

Éloge d’un regard, donc. Mais éloge également d’une main affranchie formée, dans les années vingt, par deux maîtres réputés, Fernand Cormon et Jean-Pierre Laurens. On sait ce que le ­premier enseignait : la fermeté du geste, la force du dessin. Bagage ­évidemment utile,

capable de ravir les classiques, mais que le second prit soin de perfectionner avec une dose salvatrice de fantaisie. Aussi André Tondu peignit-il bientôt comme personne, on veut dire comme lui seul voulait peindre, encouragé par Soutine, son voisin à Montparnasse. Sur ce point, le Prix de Rome ne changea rien. Reconnu, admiré, cet artiste inclassable, qui n’appartiendrait ni à la Nouvelle École de Paris, ni au mouvement de la Jeune Peinture, continua de suivre ses envies. Tantôt elles le poussèrent à camper des nus aux yeux toujours graves ; tantôt il s’agissait de bouquets, de natures mortes, de scènes de genre où pouvait percer une sourde ironie. Puis il revenait à ce qu’il aimait le plus : des petites filles modèles, ou des filles devenues femmes, mais fatalement gracieuses, légères, à la fois proches et lointaines, et semblables, à différents égards, aux héroïnes de Marie Laurencin. Nul ne s’étonnera, dans ces conditions, qu’il ait multiplié les représentations de lectrices — lectrice dans le métro, lectrice au salon, lectrice à la fenêtre, auxquelles s’ajoute sa Liseuse au chandail rose, solitaire, concentrée, mystérieuse et souveraine dans l’écrin d’un mur embruni. « On est assuré de n’être jamais complètement malheureux, quand on a découvert très tôt le bonheur de lire », soufflait José Cabanis… Pour le plaisir de tous, André Tondu eut le génie de le prendre au mot. « C’est ainsi qu’à travers le monde, en bien des endroits, sa peinture est estimée et honorée », devait écrire, en 1986, Georges Cheyssial, le président de l’Institut.


Christophe Penot

Œuvres d'André Tondu