Philippe COGNÉE

Depuis qu’il a été révélé par une première grande exposition au musée des Beaux-Arts de Nantes, en 1988, Philippe Cognée poursuit une œuvre exigeante dont la critique contemporaine salue régulièrement l’importance. Importance technique d’abord puisque cet artiste français, né en 1957, a su imposer les vibrations particulières de sa peinture à la cire. Mais aussi une évidente importance anthropologique, chacune de ses toiles donnant à voir un monde sans frontière, où l’homme toujours se croise et se lie.

Philippe Cognée, comme une arme

En 1992, interrogé par Mary-Pauline Nègre pour un livre célébrant les maîtres de la figuration narrative, il assurait que sa prochaine exposition, chez Laage-Salomon, une ­galerie parisienne, serait « la plus belle ». Un quart de siècle a passé, ses cheveux ont ­blanchi, mais Philippe Cognée, artiste né à Nantes en 1957, se dépêche d’affirmer, avec la même ­exigence, que sa prochaine exposition, oui, « sera la plus belle » ! Seule nuance, il est ­aujourd’hui représenté à Paris et dans les grandes foires internationales par la galerie Daniel Templon, une véritable institution du monde de l’art. Autrement dit, pour ses pairs, pour les critiques, les musées, les collectionneurs, il est parvenu à une sorte de sommet — un couron­nement, mais atteint, il faut le préciser, sans rien perdre de ce qui fut et demeure son unique ambition : l’art… L’art pensé non pas comme une rente, ou comme un marché, mais comme un absolu. L’art approché à la manière d’un risque, à la façon d’une quête, d’un Graal, d’une substance, dans l’esprit des sculptures anthropomorphiques découvertes durant les douze années qu’il vécut, enfant, sur les terres ardentes de l’Afrique. De là, sûrement, ­l’intuition qui deviendrait la sienne à l’âge adulte : un macrocosme sans frontière où tout se mélange et s’agrège, où l’homme finit par se croiser et se lier, donnant bientôt l’image d’une masse mouvante.
Dans un élan d’admiration partagée, les observateurs ont souvent salué en Philippe Cognée le virtuose recréant sur la toile, avec une cire brûlante, par petites touches inspirées, la forme générale des villes, des rues, des façades d’usines et des foules. Le peintre de ­l’espace, en somme, mais d’un espace bousculé par cette vibration, ou ce chatoiement, ­qu’apporte la technique si particulière d’une peinture lentement posée, puis chauffée, puis fondue. Ce qui nous rappelle, subitement, le « long halètement des cœurs vers la lumière » qu’évoquait Anna de Noailles dans Les Forces éternelles. Comme si Philippe Cognée, par-delà l’espace, s’avérait également le peintre du temps. D’abord celui du temps bâtisseur, qu’il ­utilise pour se remettre sans cesse en question et composer des tableaux étourdissants. Ensuite celui du temps qui passe, qui tranche, distingue ou élimine. « Je souhaite que mon œuvre dure. Qu’elle continue de parler aux générations futures, avec les moyens qui sont les miens », aime-t-il à souffler. Certaines fois, il ajoute : « La peinture, c’est dangereux. » Il veut dire : c’est une arme.


Christophe Penot

Œuvres de Philippe Cognée