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Exposition Gérard Guyomard. Libertés

du 29 juin au 21 septembre 2019

Il faut le regarder comme l’un des derniers grands peintres français de l’époque. Un homme profondément libre, aux dons éblouissants, qui a commencé sa carrière comme restaurateur de tableaux pour les musées. Puis Gérard Guyomard imposa son propre talent, multipliant les expositions dès les années soixante. Ses tableaux colorés, à la fois luxuriants, satiriques, érotiques et tendres, l’ont définitivement classé parmi les maîtres de la ­Figuration narrative. L’exposition estivale “Gérard Guyomard. Libertés” regroupe une quarantaine d’œuvres de l’artiste contemporain.

Gérard Guyomard, héraut gargantuesque

Mais pourquoi diable le Centre Georges-Pompidou ne lui a-t-il pas encore consacré la grande exposition qu’il mérite ? Car c’est un fait que les critiques d’art ont depuis longtemps établi : l’incontestable brio de Gérard Guyomard, artiste français né à Paris, le 20 novembre 1936, d’une vieille famille bretonne. Un autodidacte, pour dire vrai, qui épuisait ses journées à dessiner et à peindre, et qui fut placé, après ses vingt ans, chez un restaurateur de tableaux. La suite a souvent été contée : brosse en main, l’apprenti réalisait des prodiges, ravivant aussi bien des toiles de Philippe de Champaigne, ou de Vélasquez, ou de Max Ernst, que des poupées d’Hans Bellmer. Une compétence, une virtuosité reconnues « dans le monde entier », insisterait Philippe Curval, l’un de ses biographes. Pour autant, quelques initiés devinèrent, au début des années soixante, que ces travaux d’orfèvre, du reste progressivement abandonnés, n’étaient que les prodromes d’un talent beaucoup plus vaste et infiniment plus personnel. Au moindre instant libre, en effet, Gérard Guyomard peignait des plages, des intérieurs, des rêves et des nus. Une œuvre en propre, très construite, graphique, colorée, exigeante, ambitieuse, dont l’intraitable Anne Tronche noterait, en 1976, qu’elle « résiste, par son originalité de ton et d’esprit, à toute tentation de comparaison ». C’était confirmer que la supériorité technique de l’intéressé, sa maîtrise et son habileté, son emploi parfait de l’huile ou de l’acrylique, des aplats, des jus, des collages et des transpositions, lui permettaient d’inventer une peinture onirique et superbe. La sienne !
On a maintes fois glosé afin de savoir si Gérard Guyomard, doué pour n’importe quel jeu de lignes, pour les superpositions, les transparences, les mutations, devait ou non être associé à la Figuration narrative. Savoir, en somme, si ce héraut gargantuesque aux toiles luxuriantes, certaines chargées jusqu’à sembler énigmatiques, était d’abord un génial décorateur ou s’il tenait davantage, à l’instar de son ami Erro, du chroniqueur de l’aventure humaine… On croit l’entendre répondre, d’une voix justement rabelaisienne, donc tonitruante et frondeuse : « Les deux, mon général ! » Parce qu’il y a chez Gérard Guyomard, comme chez Aristote et Platon, l’idée d’un monde homogène, où tout s’imbrique, où tout est dans tout. Un élan, sinon une force intrépide qu’il traduit depuis un demi-siècle en strates cohérentes, provocatrices, désopilantes — la série « Yfolefer », les fameux « Yaka, Yapuka », la série des plages, la série « Onze tableaux de couleurs différentes comportant le même nombre d’objets », la série « Montorgueil », celle de « La stratégie de l’atelier » puis de « Au-delà de cette limite, votre vision n’est plus valable », laquelle précède la kyrielle des sculptures et des bois découpés. Bref ! un corpus considérable, charnu, charnel, peuplé de femmes fantasmées, charmantes. « Quand je peins, le plaisir de la vie m’envahit. C’est le grand ordonnateur de mon travail pictural », prévient Gérard Guyomard. Paroles d’un maître.

Christophe Penot