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Exposition Steppe et savane. Damien Colcombet & Anne Limbour

du 16 mars au 22 juin 2019

Ce sont deux artistes à la magie depuis longtemps réputée. Faut-il encore présenter Anne Limbour ? Ses poissons en plumes, nés d’un regard qui puise au plus profond de la nature, nous racontent les beautés de l’inattendu. Et les grands fauves de Damien Colcombet, ses éléphants, ses girafes, confirment l’oracle des observateurs contemporains : un exceptionnel sculpteur animalier, « probablement le plus brillant de sa génération dans la veine figurative ». Exposition Steppe et savane. Damien Colcombet et Anne Limbour au Centre Cristel éditeur d’art à Saint-Malo.

Beauté simple, beauté nue, essentielle

Sur Damien Colcombet, tout semble avoir été dit : « Sculpteur animalier surdoué, probablement le plus brillant de sa génération dans la veine figurative », applaudissait, en septembre 2018, le magazine Chasses internationales. Parce qu’il l’avait vu modeler un tigre les yeux quasi fermés, trouvant d’instinct le geste et l’allure du félin, il nous revient également que Jacques Pons, dans Ouest-France, avait émis la proposition suivante : « À ce niveau de talent, qui ne parlerait de génie ? » On aura beau jeu, ici, de rappeler l’opinion du naturaliste Buffon, cité par Hérault de Séchelles : « Le génie n’est qu’une plus grande aptitude à la patience. » Phrase à prendre au pied de la lettre, comme un curriculum vitae. Notre homme, ancien cadre supérieur dans une importante entreprise française, n’a-t-il pas attendu la quarantaine pour transformer des mottes de glaise en ­bestiaire fabuleux ? Pour devenir cet artiste que chacun admire, tantôt créateur d’éléphants, de girafes, de buffles, de lions, de panthères ou d’hippopotames, tantôt musant par les grèves, par les prés, et ramenant, afin de les sculpter puis de les fondre, un taureau, deux vaches laitières, des juments et des poulains entourant un abreuvoir, sinon un renard surpris avec son renardeau. Fabuleux bestiaire, répétons-le, s’avérant plus vivant que nature — et qui promet donc à chaque collectionneur ce qu’un animal promet à un promeneur, entre steppe et savane : l’étonnement, l’allégresse, la ferveur, l’harmonie, l’émotion. Mais peut-être, d’abord, l’harmonie que louait Romain Gary dans Les Racines du ciel : « L’homme en est venu au point, sur cette planète, où il a vraiment besoin de toute l’amitié qu’il peut trouver, et dans sa solitude il a besoin de tous les éléphants, de tous les chiens, de tous les oiseaux… »

Oserons-nous écrire, après cela, que l’homme a aussi besoin des philtres d’Anne Limbour ? On veut dire, dans l’esprit de cette vingtième exposition organisée par le Centre Cristel

Éditeur d’Art, des philtres d’une femme qui dépasse la seule force de ses œuvres pour atteindre aux prodiges d’une incroyable, d’une exceptionnelle poésie. « Magicienne », avions-nous résumé, à son égard, en 2016. Car tel est effectivement son privilège : la magie! Cette magie vagabonde dont elle use pour métamorphoser en poissons, méduses ou hippocampes les différentes plumes que lui livrent le hasard et le vent. Cependant, comment ne pas pressentir que ces plumes, sous ses doigts, ne sont jamais qu’un prétexte, et ses poissons des illusions… Une sorcellerie supplémentaire, en somme, mais dans l’acception la plus littéraire du terme, évoquant des pouvoirs enchanteurs et une irrésistible séduction. Bref ! des poissons en plumes qui ne sont ni des poissons ni des oiseaux, ni même rien de connu dans l’ordre des choses. À moins, bien sûr, d’invoquer les émerveillements du Petit Prince : « Dessine-moi un mouton… » Et Anne Limbour de cueillir alors quelques plumes dans les nuées, puis de les jeter sur une planche pour arranger, avec des calamus, des rachis, des barbes, des barbules, une sorte de monde où tout paraît vrai, mais sans être formel. Magie, encore une fois… Ce qui n’interdit évidemment pas de traverser le miroir pour découvrir que ces plumes, pareilles au « manteau de feu » qu’inventait Jean Cocteau, sont principalement couleurs et mouvements. La preuve ? Elles tirent sur le vert pour peu qu’on les regarde sous la lumière, sur le bleu si l’on recule d’un pas, sur l’ocre, le blanc, la rouille, la nacre, le cuivre, le fauve si l’on recompose l’approche. Sans oublier que ces plumes agroupées courent, migrent, dansent et tourbillonnent comme d’immenses troupeaux vus du ciel, ou des elfes et des feuilles dans le vent. Beauté simple, beauté nue, essentielle.

Damien Colcombet et Anne Limbour n’en réclament pas d’autres.

Christophe Penot