Exposition « Le monde enchanté de Nadyn Kuntz »
Du 17 octobre 2026 au 9 janvier 2027
Chacun connaît l’aventure de Séraphine de Senlis, femme de ménage qui découvrit la peinture à 42 ans. L’âge qu’avait à peu près Nadyn Kuntz quand elle se remit à peindre, après le décès de son mari. Une œuvre sidérante, à mi-chemin entre le rêve, la poésie et le fantastique. Un univers animant des milliers de personnages créés dans le plus grand secret…
Œuvres de l’exposition Le monde enchanté de Nadyn Kuntz
Le monde enchanté de Nadyn Kuntz
Chacun connaît l’épopée de Séraphine de Senlis, femme de ménage qui essaya la peinture à 42 ans. Si l’on en croit Jacques Busse, l’auteur du dictionnaire Bénézit, elle avait commencé, enfant, par garder des moutons. Puis, quittant son Oise natale, elle était arrivée à Paris. « Petite bonne », selon l’expression d’autrefois. Plus tard encore, en 1882, à 18 ans, elle avait rejoint un couvent, non pas comme religieuse, mais comme femme de peine. Une existence rude, ingrate, sans argent, sans homme, sans amour, de laquelle elle s’évadait – inconcevable – en peignant des bouquets de fleurs à ses rares heures perdues. Jusqu’au jour où un habitué des naïfs, Wilhelm Uhde, découvrit son œuvre et la reconnut comme sœur de lait de celle du Douanier Rousseau. La suite appartient à la légende et à l’histoire. Elle appartient aussi aux riches collectionneurs. On aime à souligner qu’un bouquet de Séraphine de Senlis, à Paris, en juin 2024, s’est vendu aux enchères 380 480 € ! De quoi consoler cette héroïne que la plupart de ses contemporains tenaient pour une folle…
Pourquoi évoquons-nous Séraphine ? Parce qu’il nous paraît que Nadyn Kuntz, d’une certaine manière, lui ressemble. Une Bretonne courageuse, s’étant mise à peindre en 2005 – elle avait exactement 42 ans. À l’époque, elle était mère d’une fillette et veuve d’un professeur de dessin plus âgé qu’elle, qui avait été terrassé par une crise cardiaque devant son atelier dévasté par la tempête de 1999… Quasiment rien ne restait, sinon une poignée d’ébauches laissées en plan. Pour quelles raisons, dans son immense chagrin, six années après, Nadyn Kuntz décida-t-elle de ressortir ces tableaux oubliés ? De les reprendre, de les terminer ? Mystère d’une vie… Ou sollicitation du destin… Le sûr, dans cette aventure, est qu’elle prit goût à ces jeux de peinture. Elle abandonna la veine impressionniste, qui avait été celle de son mari, pour créer son propre univers. Pour sertir à l’intention de sa fille Charlotte, longtemps son seul public, des figures étonnantes, à la fois très classiques et très singulières. Classiques par la touche, laquelle révélait une main naturellement douée, sachant maîtriser à la perfection l’art des glacis et de la miniature. Singulières par la forme, par le foisonnement, par l’esprit. On aurait dit qu’une âme sensible flottait sur ce qu’elle nommait ses « amis imaginaires ».
Bizarrerie chronologique : Nadyn Kuntz n’exposait pratiquement pas – ou sur des cimaises communales, parmi la foule de ceux que l’on appelle, tout estimables qu’ils soient, les « peintres du dimanche ». Comme Vincent van Gogh, elle ne vendait pas – sauf deux petits tableaux, l’un à une passante, l’autre sur internet, à un collectionneur américain du Névada, qui lui prédit au téléphone que ses œuvres, un jour, vaudraient « une fortune » ! Le résultat, en somme, de cet original et savant agglomérat de visages, de poses ou de gestes lui servant de signature et qu’elle a subtilement théorisé dans ses deux premières grandes toiles animées par 500 personnages ! C’est d’ailleurs l’une de ces toiles que Nadyn Kuntz, accompagnée de Charlotte (artiste également), vint montrer au Centre Cristel Éditeur d’Art un samedi de mai 2025. Non point pour être exposée. Pour savoir… Savoir si l’on pouvait trouver un intérêt à ce qu’inventait son pinceau…
En face d’elles, un professionnel aux cheveux blancs, formé aux passions de l’art quarante années plus tôt par Joseph Foret, ancien compagnon d’armes des Picasso et Dalí. Pour le dire vite, un homme qui croyait en avoir déjà vu – mais qui n’avait jamais rien vu de pareil ! D’où la question propre à le tarauder plusieurs semaines, au fur et à mesure qu’il avançait dans cette œuvre : comment Nadyn Kuntz avait-elle pu échapper à la clairvoyance des amateurs ? Comment n’avait-elle pas vécu le bonheur d’être installée en galerie ? Elle qui nous donne à voir, aujourd’hui, à Saint-Malo, pour le 47e accrochage du Centre d’Art, des compositions fantastiques. Des compositions, à mi-chemin entre le rêve, la poésie et le merveilleux… Y posant son œil d’artiste conservé dans une quinzaine de musées, un vieux maître, Frédéric Brandon, impressionné par son impeccable technique, la gratifia naguère de ce franc compliment : « Un coulis de bonne peinture ! » Nous en sommes restés là. Délicieux. Délectable !
Christophe Penot
