Exposition Frédéric Brandon. Déjeuner avec Manet, Monet, Picasso... Centre Cristel Éditeur d'Art Saint-Malo

Exposition Frédéric Brandon. Déjeuner avec Manet, Monet, Picasso…

Du 18 avril au 4 juillet 2026

Frédéric Brandon est l’un des derniers grands artistes français qui pouvaient se le permettre : convier Picasso, Monet, Manet, Bonnard, Goya et Chardin à sa table ! Les dessiner et les peindre en situation, avec humour et délicatesse. Avec, aussi, son goût original pour les poissons, pour leurs formes, leurs couleurs, leur énergie, leur beauté. Quand l’histoire de l’art met les bouchées doubles…

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Œuvres de l’exposition Frédéric Brandon. Déjeuner avec Manet, Monet, Picasso…


L’exposition Frédéric Brandon en photos


Frédéric Brandon
la table des maîtres

Revoilà Frédéric Brandon parmi nous ! Revoilà Frédéric Brandon à Saint-Malo, ville qu’il a peinte dans un décor de chevalet, sur l’orbe clair d’une pleine lune, lors d’une nuit couleur ardoise, mêlée de veines bleues. De l’excellent ouvrage, à la vérité, qu’il était venu présenter au Centre Cristel Éditeur d’Art en avril 2024, pour fêter ses soixante années de peinture. Chacun s’en souvient : des toiles de différentes périodes, ainsi que d’ébouriffantes sculptures qui le classaient et le classent encore dans le gotha des créateurs insatiables et polymorphes, drôles, inattendus et savants. D’où la formule employée par l’historien de l’art Jean-Luc Chalumeau : « Et pour moi, il compte beaucoup. » Ce qui signifiait, dans son esprit, que Frédéric Brandon s’était bel et bien fait une place à l’ombre du xxe siècle, et qu’ils étaient nombreux, désormais, à le tenir pour un maître.
Oui, un maître, dans toute la puissance du mot. Et, qui plus est, comme souvent avec les artistes que nous exposons, un maître moderne, à la liberté pétulante, organisée, magnifique. Dans la vie, un octogénaire à la fois jovial et sérieux, aimant dessiner, peindre, couper, coller, des heures durant. Mais, quel que soit le médium, un créateur habité par une application extrême. Un seigneur capable de déchirer ou d’effacer brusquement, au seul motif que la persévérance est un art, et qu’il faut savoir remettre l’ouvrage sur le métier !
« Qu’est-ce que la peinture ? » Depuis qu’il est sorti diplômé de l’École nationale des beaux-arts de Paris, en 1968, époque où il candidatait au Prix de Rome, Frédéric Brandon n’a jamais cessé de se poser la question. Aujourd’hui, il la pose de nouveau, comme personne avant lui – si l’on ose dire, en mettant les pieds dans le plat ! Ou, pour être plus exact, en invitant des illustres à sa table. Que l’on en juge (par ordre chronologique) : Georg Flegel, né en 1566 ; Jean Siméon Chardin, né en 1699 ; Francisco de Goya, né en 1746 ; Édouard Manet, né en 1832 ; Claude Monet, né en 1840 ; Pierre Bonnard, né en 1867 ; Pablo Picasso, né en 1881. Et puis, nous n’aurions garde de l’oublier, notre cher Frédéric Brandon lui-même, précisément né le 19 janvier 1943.

Évidemment, jamais le Centre Cristel Éditeur d’Art, avant cette 45e exposition trimestrielle, n’avait été à pareille fête ! On le répète : Flegel, Chardin, Goya, Manet, Monet, Bonnard, Picasso ! Sept géants accrochés sur nos murs, et paraissant plus vivants que nature… Un miracle, bien sûr, dû à cette savoureuse série commencée dans son atelier, au printemps 2020, dans le but de combattre le Covid. « Je voulais rompre avec l’isolement et la solitude qu’impliquait la pandémie », explique-t-il. Ce qui entraîna ces tête-à-tête spectaculaires, Frédéric Brandon s’escrimant, en vieux pensionnaire du Louvre et d’Orsay, à peindre non seulement le portrait de ses maîtres, mais également à copier le principal de leurs œuvres. Nous en citerons quelques-unes : La Raie, Portrait de la duchesse d’Albe en deuil, Anguille et rouget, Berthe Morisot au bouquet de violettes, Les Nymphéas, La Pisseuse. Dans son élan, avec la même force, Frédéric Brandon avait rendu en outre hommage à Georges Braque et à Bernard Buffet : deux autres superbes sujets malheureusement invisibles, la très exigeante Fondation d’art contemporain Daniel et Florence Guerlain ayant acheté ces deux premières œuvres. Ce qui était annoncer, en somme, l’exceptionnelle qualité des tableaux que nous avons le bonheur de montrer jusqu’au 4 juillet.

Un dernier mot : pourquoi Frédéric Brandon, artiste aux épaules de lutteur, peint-il sans relâche des poissons ? Parce qu’ils incarnent une difficile école de style. Des modèles, certes, mais fulgurants, insaisissables, aux couleurs mirifiques et changeantes. « Peindre un poisson, c’est du grand art », confirme-t-il. Flegel, Chardin, Goya, Manet, Monet, Bonnard, Picasso en savent quelque chose.

Christophe PENOT

éditeur d’art