RÉSONANCE. De l'original au multiple

Du 30 janvier au 5 mars 2016
Prolongation jusqu'au 19 mars

La collection Art Absolument exposée pour la première fois en France
Ils comptent parmi les plus réputés de l’art contemporain. L’ Africain Barthélémy Toguo, l’ Américain JonOne, la Franco-Marocaine Najia Mehadji, les Européens Carole Benzaken, Mark Brusse, Philippe Cognée, Stéphane Pencréac’h, Ernest Pignon-Ernest, Jean-Pierre Raynaud, racontent le monde. Ils sont exceptionnellement rassemblés pour une première exposition en France.

Neuf pour dire le monde

Peut-être faut-il commencer par cet aimable rappel : dans l’Antiquité, les Muses, filles de Zeus et de Mnémosyne, étaient neuf. Des poètes, des conteuses, des musiciennes, des danseuses et même une astrologue, Uranie. En revanche, d’une muse peintre, aucune trace… Au plus loin de la culture occidentale, Homère ne salue que Dédale, architecte génial et sculpteur, ainsi que le ­forgeron Héphaïstos, artisan des nouvelles armes d’Achille. La suite laisse rêveur : cinq pages d’une narration minutieuse décrivant le fameux bouclier ! On doit à Homère la première chronique d’art de l’humanité.

Donc, à l’origine, il y avait neuf muses… Neuf silhouettes, neuf voix chantant les beautés du monde… Comment ne pas y ­songer, et comment ne pas s’en réjouir lorsque neuf artistes viennent pousser la porte du Centre Cristel Éditeur d’Art pour dire à leur tour les beautés du monde ? Neuf artistes qui accrochent, non seulement des toiles peintes, mais aussi des estampes… Et quels artistes ! Un Africain, Barthélémy Toguo, un Américain, JonOne, une Franco-Marocaine, Najia Mehadji, six Européens, Carole Benzaken, Mark Brusse, Philippe Cognée, Stéphane Pencréac’h, Ernest Pignon-Ernest, Jean-Pierre Raynaud. Ou, pour l’exprimer différemment, des maîtres de l’art contemporain. Des person­na­lités puissantes que des expositions célèbrent régulièrement sur la terre. Par exemple, cette femme, Carole Benzaken… N’a-t-elle pas reçu, en 2004, le très prestigieux Prix Marcel-Duchamp au terme d’un concours mettant également aux prises Philippe Cognée ? On ne saurait mieux résumer la qualité exceptionnelle des propositions rassemblées aujourd’hui à Saint-Malo, via cette exposition « Résonance ».

Oui, vraiment, quels artistes ! Et quelle bannière, puisque tous défendent les couleurs d’Art Absolument, magazine fondé en 2002 par Pascal Amel et Teddy Tibi afin de partager leur impérieuse ­passion du savoir et du beau. Une sorte d’apostolat, en somme, suivi par des milliers de lecteurs, des milliers de fidèles. D’où l’idée de convier les meilleurs représentants de l’époque à créer une œuvre forte, capable d’être éditée à trente exemplaires, dans la tradition multiséculaire de l’estampe. Parce qu’il convient de l’écrire : rien n’incarne davantage l’histoire de l’art, donc l’histoire des échanges entre les hommes, que cette tradition de l’estampe, née (en Occident) à la charnière des XVe et XVIe siècles. Née, ­précisons-le, avant la presse de Gutenberg, mise au point vers 1450…
Première estampe — on parle désormais de multiple —, ­première image conservée ? Celle de soldats en armes, dessinés et imprimés par une main inconnue. Puis vinrent, gravés dans le fer, les chefs-d’œuvre consacrant cet art exigeant, tantôt signés par Dürer, tantôt par Brueghel, Botticelli, Titien, Raphaël, Callot ou Rembrandt. Et puis, les siècles passant, d’autres techniques furent utilisées, dont la lithographie, employée chez Corot, Van Gogh, Gauguin, Dalí, Picasso. C’est peu dire que nos neuf artistes ont pris le relais : chacun d’eux nous apporte, pour faire résonance, un tableau, un multiple. Selon le principe de « résonance » qu’évoquait jadis Paul Valéry à propos de Baudelaire : une œuvre « présente aux esprits, impossible à négliger, renforcée par un nombre remarquable d’œuvres qui en dérivent… »


Christophe Penot

Œuvres exposées