Exposition Gérard Guyomard. Bardot, Madonna, amours et Cie Centre Cristel

Exposition Gérard Guyomard. Bardot, Madonna, amours et Cie

Du 31 janvier au 6 avril 2026

Brigitte Bardot était, paraît-il, la plus belle femme du monde ! Le visage d’une princesse, les lignes d’une déesse – et la vie inoubliable d’un mythe. Mais, pour Gérard Guyomard, elle incarnait surtout l’égérie parfaite à laquelle il a consacré des dizaines de tableaux. Des milliers de traits et de couleurs. Des œuvres drôles, savantes, toniques. Car le peintre, comme Dieu, créa la femme…

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Œuvres de l’exposition Gérard Guyomard. Bardot, Madonna, amours et Cie


L’exposition Gérard Guyomard en photos


Gérard Guyomard
Bardot, Madonna, amours et Cie

 

Ah ! s’il n’avait pas été peintre !… S’il avait tenu le rôle de Michel Piccoli dans Le Mépris, mémorable film de Jean-Luc Godard sorti en 1963… Sûr que cette année-là, Gérard Guyomard dut sacrément y songer. Il avait 26 ans et commençait à peindre. Des petits tableaux et des dessins à ne point glisser dans n’importe quelles mains. Comment dire ? Des choses qui auraient pu sembler audacieuses, mais qui ne l’étaient plus depuis que Brigitte Bardot se montrait nue à l’écran. Quoi qu’il en fût, le jeune artiste s’en donnait à cœur joie. Des lignes, des courbes, des hanches… Suffisamment pour que l’historien de l’art Jean-Luc Chalumeau fît entendre cette question développée sur un mode très officiel : « Gérard Guyomard est-il un peintre érotique ? » La réponse tomba sous le sens. Elle consistait à expliquer que l’intéressé était d’abord un homme à part dans la cohorte distinguée de ses contemporains. Certes, un esprit libre. Et, surtout, un authentique génie des techniques, s’étant patiemment formé au métier de restaurateur dans un atelier parisien. Son travail ? Redonner du lustre et des couleurs à des tableaux anciens que le temps avait ruinés. Des toiles précieuses, jadis réalisées par Philippe de Champaigne ou Vélasquez, qu’il observait avec autant de maîtrise que de respect. Sans négliger ce qui lui valut l’admiration des conservateurs du monde entier : le dépôt et le sauvetage d’une fresque que Max Ernst avait jetée sur un mur, dans la maison de Paul Éluard, à Eaubonne. Voilà pour les prouesses publiques de Gérard Guyomard… Quant aux prouesses privées, elles naissaient à ses heures perdues. Selon ses termes, des « bricoles faites pour les copains ». Seulement, les copains avaient la langue trop longue. Ils criaient leur émerveillement d’une voix trop forte pour ne pas être entendus. Suivirent les premières expositions, en groupe ou en solitaire, en haut de l’affiche. Soixante années de création ! Et de somptueuses rétrospectives, dont deux récentes, à Dinard, en 2021, et à Vascœuil, en 2024. Deux ultimes plébiscites avant qu’il ne choisisse de poser ses pinceaux, à 88 ans.

Nous en sommes là. Devant un formidable nonagénaire ayant rempli l’espace – et rempli ses jours – d’un indéniable bonheur de vivre. D’où des milliers de toiles et de dessins fortement colorés, savamment cadrés, témoignant tous que Gérard Guyomard incarne l’un des derniers maîtres de la peinture française. Un rescapé, en vérité, le seul capable de nous faire oublier que ses anciens compagnons de l’iconique Figuration narrative (Hervé Télémaque, Bernard Rancillac, Gérard Fromanger, Gilles Aillaud, Henri Gueco, Jacques Monory) ne sont plus. De même, il reste le seul – absolument le seul – à connaître le secret des matières, le secret des pigments, le secret des liants et des puissants invisibles dont se nourrit la grande peinture. Exceptionnelle autorité, qu’il a utilisée pour signer ce que les critiques ont toujours célébré : une œuvre franchement originale. Une œuvre mi-onirique mi-satirique, dans laquelle il raconte des histoires sur un mode fièrement fantaisiste. Ainsi pour Brigitte Bardot, fantasme assumé d’une jeunesse, elle aussi, assumée : il l’a multipliée jusqu’à plus soif, dans ses formes et dans son visage, lui suggérant des moues et des poses que le cinéma n’aurait pas imaginées ! Mais tel était, et tel demeure, notre bon Gérard Guyomard : un funambule, un équilibriste, un magicien tirant comme un fil, geste après geste, les nombreux filaments composant ses remarquables séries. Série des amoureux avec Roméo et Juliette. Série Madonna. Série Bardot qui a mis un point final à son aventure artistique. Parce qu’il s’agit bien de cela : une aventure artistique. Une création lente, pensée – totale.
Avec « Bardot, Madonna, amours et Cie », le Centre Cristel Éditeur d’Art organise sa 44e exposition trimestrielle consécutive. À regarder, à visiter, à partager. Et à tenir pour ce qu’elle est : autant un hommage à l’idole récemment disparue, qu’un salut affectueux au vieux et grand peintre. Ce Gérard Guyomard que nous admirons. Que nous aimons beaucoup.

Christophe PENOT